Polémique autour d’un projet de rue de la Cloche d’Or gourmande : la Ville de Perpignan déboutée par la justice
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La rue de la Cloche d’Or à Perpignan au cœur d’un bras de fer juridique. Michel Clementz – Clementz Michel
Perpignan, Commerce, Politique
Publié le 19/07/2025 à 16:37 , mis à jour à 22:19
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Coup d’arrêt pour la Ville de Perpignan dans la très mouvementée chronique du projet d’artère gourmande rue de la Cloche d’Or. Le Tribunal administratif de Montpellier a annulé sa préemption de baux de locaux commerciaux, ce 8 juillet 2025. Un nouveau rebondissement dans un feuilleton agité où loyers impayés, travaux non autorisés, ombre de l’influenceur Nasdas et relance commerciale du cœur de ville s’entrechoquent.
Nouveau revers pour la Ville de Perpignan dans sa politique de préemptions. Le tribunal administratif de Montpellier a annulé, le 8 juillet, sa décision de préempter plusieurs baux commerciaux, rue de la Cloche d’Or en plein cœur de ville. Motif principal de la justice : l’absence de projet de la Ville. Dans la même veine que le bras de fer qui oppose la commune et la Bressola sur la construction d’un collège-lycée catalan sur le site du couvent Sainte-Claire.
Le scénario est beaucoup plus chaotique rue de la Cloche d’Or. En résumé, en 2020, l’énigmatique homme d’affaires Chukri Abi-Nader annonce un projet d’artère gourmande sur ce secteur du cœur de ville en souffrance. Il rachète, à travers la SAS Eskis, une dizaine de baux. Il veut faire de la rue un temple de la street food. Mais, le dessein s’enlise rapidement. Aucun nouveau commerce ne sort de terre, malgré des travaux. Les locaux fermés plombent l’attraction de l’artère. Le projet s’enlise. La Ville décide, en mars 2022 d’un risque de mise en péril des locaux. En juin, les onze baux doivent être revendus. L’ombre de l’influenceur Nasdas apparaît. La transaction se traiterait autour de 1,35 million d’euros. Bien au-delà du prix des Domaines. Louis Aliot, le maire RN, monte au créneau en conseil municipal contre un projet « de vente à des sociétés qui ont en commun de la faire de la restauration halal ». La réalité du projet est plus nuancée, mais la Ville finit bien par préempter.
« Le tribunal juge le défaut de réalité du projet de la Ville »
C’est cette préemption que vient d’annuler le tribunal administratif de Montpellier. « Le tribunal juge le défaut de réalité du projet porté par la commune de Perpignan », précise Maître Bakari-Baroini. L’avocat ajoute : « Ce qui signifie en réalité que pour préempter, la commune de Perpignan doit avoir une intention réelle, sérieuse, et un projet pour justifier de se substituer à l’acquéreur. Et sur ce moyen-là, elle échoue à rapporter la preuve ». Les baux des numéros 18 à 24 de la rue de Cloche d’Or sont concernés.
« La commune de Perpignan n’apporte pas d’opérations tangibles quant à l’action ou l’opération d’aménagement qu’elle poursuit pour ces locaux dans le cadre de revitalisation commerciale et de requalification urbaine de l’hypercentre historique de la ville », conclut le Tribunal administratif.
« La SAS Eskis était en conflit avec les propriétaires pour des loyers impayés ou des travaux réalisés sans autorisation »
Interrogée par L’Indépendant, la Ville de Perpignan dément l’absence de projet et contre-attaque. « La Ville va bien sûr interjeter appel de cette décision », assure Farid Belacel. « La Ville avait préempté dix baux en secteur sauvegardé pour conserver la diversité de l’offre commerciale. Mais cinq n’ont même pas pu intégrer la préemption car la SAS Eskis n’aurait pas réglé des loyers et les propriétaires auraient récupéré les baux », assure le directeur adjoint des services de la Ville. « Sur les cinq autres on a découvert, après la préemption, que la SAS Eskis était en conflit avec les propriétaires pour des loyers impayés ou des travaux réalisés sans autorisation des propriétaires et ayant causé des dommages sérieux, certains sur des structures porteuses. Conséquence : la Ville n’a pu remettre en l’état, réhabiliter et réattribuer ces locaux comme elle l’a fait, par exemple, rue des Augustins. Nous avons lancé des procédures au Civil. Deux ans après comme l’impose la loi, il était donc impossible de réattribuer ces locaux. Nous le démontrerons en appel ».
De son côté, la SAS Eskis précise ne pas s’interdire de demander en justice des indemnités financières. Pour une somme qui pourrait dépasser la dizaine de millions d’euros. Chukri Abi-Nader était aussi porteur d’un projet sur l’ancien magasin Espi quai Vauban et d’un hôtel à Collioure, eux aussi restés lettre morte.